INTERVENTION DE ALBERT VATTAN AG FFI-CHER-NORD du 10 Octobre 2009.
Mesdames et Messieurs anciens F.F.I, et réfractaires
Mesdames et Messieurs membres de l'Amicale
Le Bureau de l'Amicale des F.F.I CHER-NORD, m'a demandé de vous rappeler en quelques mots l'action exemplaire du colonel COLOMB pendant cette guerre clandestine des années 40/45.
Je n'ai pas personnellement connu le Colonel en tant que tel, mais j'ai côtoyé Arnaud De Vogüé pendant 18 ans, étant son adjoint en mairie de BOULLERET.
Ce que j'ai appris sur lui et avec lui, est énorme.
Il m'a confié un document de 35 pages qu'il avait rédigé, intitulé : «l'historique de la résistance armée dans le Cher-Nord »
Qui donc mieux que lui, pouvait narrer cet épisode de la lutte clandestine.
Tout d'abord, qui était le Colonel COLOMB ?
Arnaud de Vogüé est né le 11 juin 1904 à PARIS 7ème.
Fils du Comte Robert de Vogüé et de Césarine SOMMIER, des sucreries LEBAUDY-SOMMIER et petit-fils du Marquis de Vogüé, académicien, archéologue écrivain.
Ses études ont été au lycée Janson de Sailly et à la Sorbonne ; il a été licencié es-lettres.
J'appris à l'époque qu'avec le recteur Antoine, ils étaient les deux meilleurs grammairiens de France.
En septembre 1939, Arnaud de Vogüé était lieutenant au 1er Régiment d'infanterie Coloniale.
Elu maire de BOULLERET le 17 janvier 1937, réélu 8 fois, pendant près de 52 ans.
Président d'honneur de la Compagnie ST GOBAIN-PONT-A-MOUSSON après en avoir été le Président.
P.D.G. de la société nouvelle de raffinerie LEBAUDY-SOMMIER.
Président de 11 sociétés nationales et internationales.
Administrateur de 23 organismes internationaux.
Fin 1939 : French liaison officier BRITISH-ARMY
Le 2 ou 3 juin 1940, évacué dans l'armée anglaise en Grande-Bretagne.
Rentré en France les jours suivants et évacué à nouveau de CHERBOURG le 18 juin 1940.
En juillet 1940, démobilisé au MAROC, puis rentré en France.
Ensuite, rentré en janvier 1943, dans la résistance Lieutenant-Colonel
FFI de la Nièvre sous le pseudonyme de « LAÿRE ».
En avril 1944, lieutenant-colonel FFI CHER NORD sous le nom de «COLOMB», désigné par le Colonel « O'NEILL » de la « COMAC ».
Fut une des natures exceptionnelles de la résistance dans le Sancerrois.
Le 6 juin 1944, la résistance dans le CHER-NORD n'était pas en mesure d'inquiéter l'ennemi.
Le 6 septembre 1944, le Commandant du CHER-NORD avait plus de 1500 combattants volontaires, parfaitement armés.
C'est en avril 1944 que la « COMAC » désigne « COLOMB » pour le commandement des FFI dans le CHER-NORD, confirmé en juin par le délégué militaire régional, Colonel «O'NEILL ».
Courant mai, le délégué militaire national « CHABAN» demande à «COLOMB» d'abriter dans le Sancerrois un émetteur radio. Il fut installé à LERE avec deux opérateurs ; les messages chiffrés arrivaient par agents de liaison, de la région d'AUXERRE, souvent des femmes à bicyclette.
A partir du 6 juin, la préoccupation dominante de « COLOMB » fut le parachutage d'armes. « SAINT PAUL » vint le voir à BOULLERET 18 jours plus tard. En attendant les parachutages, il l'emmena à bicyclette à VITRY AUX LOGES, pour revoir « MARC » qui venait d'y installer son PC.
De retour dans le sancerrois, il s'occupe de trouver un camion. Quelques jours plus tard, un premier parachutage d'armes dans le département, se fit à SURY PRES LERE, par une femme des services secrets britanniques, «DIANE ».
«COLOMB» confia à «MARSAN» la tâche de constituer des nouveaux groupes dans le centre du département, à la suite de l'appel du Général De GAULLE, le 18 juin.
Fin juin, « COLOMB » put rencontrer près de VIERZON, « STAG » ainsi que le capitaine « MARCOUT », qui exerçait le commandement des FFI de VIERZON. D'accord avec «ST PAUL», le secteur de VIERZON était rattaché au Cher-Nord de « COLOMB ».
En juillet, «COLOMB» s'entretient avec «ROBIN» qu'il avait nommé au commandement des FFI de BOURGES.
En résumé, dès la fin juillet, le commandement des FFI Cher-Nord pouvait s'appuyer sur un ensemble d'organisations solides.
Le premier souci de « COLOMB » dès que lui fut confiée la tâche de constituer les FFI Cher-Nord, était de rentrer en contact avec les dirigeants FTP.
Le 18 août, l'ordre de guérilla générale fut lancé de LONDRES, l'action de « COLOMB » devait se traduire par des sabotages de plus en plus nombreux.
Sur son ordre, le 10 août, un nommé « THEVENOT » chef de la milice de BOURGES fut abattu en pleine ville à coups de révolver.
Dans la journée du 14 août, «COLOMB» avait donné l'ordre de monter à partir du 16 août une série d'embuscades sur les routes menant aux ponts de Loire (COSNE - ST SATUR - POUILLY et SANCERGUES) ainsi que la RN 140.
C'est ici, à MENETOU-SALON que « COLOMB » prenait contact, le 3 septembre, avec un détachement de l'unité commandée par le capitaine «LARALDE » du 4ème bataillon de parachutistes qui était en attente à BRIARE.
Il a commandé les opérations de libération du Cher jusqu'à la libération de BOURGES le 6 septembre 1944.
Tous ses déplacements clandestins étaient faits de nuit en vélo. Certains assez loin : MENETOU, LA MOTTE BEUVRON, etc ...
Toutes ses réunions avaient pour but l'organisation de parachutages d'armes.
Entré à la Préfecture vers midi, il met le préfet GERBAUD en état d'arrestation, et s'installe dans son bureau.
La presse de l'époque (dont j'ai photocopie) relate qu'il a sorti le Préfet « à grands coups de pieds dans l'cul ».
Le 16 janvier 1946, croix de guerre, citation à l'ordre de l'armée, chevalier de la légion d'honneur.
Le 14 juin 1946, médaille de la résistance française.
Octobre 1946, Décret de la légion d'honneur, comporte l'attribution de la croix de guerre avec palme, en voici le libellé :
Arnaud de Vogüé, commandant de réserve des ex-forces françaises de l'intérieur de la 5ème région,
commandant des Forces Françaises de l'intérieur pour le Cher-Nord.
«Entré dans la résistance dès janvier 1943, fut une des natures exceptionnelles de la résistance dans le sancerrois.
a conduit au combat un effectif de 800 hommes qui, entre le 15 août et le 15 septembre 1944, ont infligé des pertes sévères à l'ennemi.
Le 4 septembre aux AIX, a pris lui-même le volant d'une jeep, dont le conducteur venait d'être mis hors de combat, et a attaqué un nid de mitrailleuses ennemies, finissant la journée par la capture de 30 prisonniers. est entré à BOURGES le surlendemain, à la tête de ses troupes.
officier calme, animé du plus pur sentiment patriotique ».
En 1958, commandeur des palmes académiques
Fin de l'été 1958, promu colonel
Le 19 décembre 1958, Officier de la légion d'honneur
18 juillet 1960, commandeur de l'ordre du mérite de la République Italienne.
Le 26 septembre 1988, je lui ai rendu visite à la clinique de COSNE, son état de santé était très préoccupant.
Il m'a fait ses recommandations pour la commune.
Après moi, c'est l'abbé FAUVEL qui l'a visité.
Le lendemain, Arnaud de Vogüé étant toujours en vie, je me suis présenté à l'entrée de sa chambre. Il m'a regardé et m'a dit : « non, je vous ai dit adieu hier ». Il a rendu l'âme une heure plus tard. On peut dire qu'il a été lucide jusqu'à son dernier souffle.
Rentré chez lui, sur son lit, je l'ai ceint moi-même de son écharpe municipale.
Je terminerai cet exposé par ces mots :
« Vive le souvenir du Colonel COLOMB »
« Vive la FRANCE »